Nous publions une carte participative répertoriant les data centers existants, les projets et les oppositions qui s'organisent en France autour de ces infrastructures. Notre objectif est de favoriser l'émergence ou la consolidation de contestations partout où ces bases du numérique dominant se prévoient.
Nous avons cartographié 348 data centers déjà existants et 45 data centers actuellement en cours de déploiement à travers la France : 27 annoncés, 11 en cours d'instruction par les services de l'état et 8 en cours de construction.
À cela il faut ajouter les 63 sites « clés-en-main » proposés par le gouvernement aux industriels de la tech pour faciliter l'implantation et la construction de nouveaux data centers - dont seulement 26 localisations précises sont publiques à ce jour. RTE et EDF mettent également 8 sites à disposition des promoteurs avec des procédures de raccordement électrique accéléré.
Il est important de noter que le nombre de data centers ne permet pas de se faire une idée adéquate de l'accroissement des infrastructures. Les technologies impliquées sont en forte mutation, et la consommation énergétique des data centers ou le nombre de serveurs qu'ils abritent donne une indication plus ajustée des évolutions du secteur. Ainsi, les data centers actuels peuvent avoir une consommation énergétique jusqu'à plusieurs milliers de fois plus importante que les data centers historiques. Et les serveurs qu'ils abritent sont toujours plus nombreux et intenses en technologies.
Nous avons recensés une quinzaine d'oppositions locales à ces déploiements, menées par des collectifs, des individus ou des associations.
Les luttes contre les data centers grondent partout en France et dans le monde, renforçons les !
Construire et outiller les luttes contre les data centers
Cet outil cartographique s’inscrit dans notre démarche : documenter, politiser et lutter contre les infrastructures du numérique. Nous avons déjà publié une carte des infrastructures du numérique à Marseille ainsi qu’une enquête sur le sujet avec La Quadrature du Net.
Depuis l'exemple de Marseille, notre terrain d'enquête et de lutte, il est flagrant que ces infrastructures sont, en plus d'exercer diverses formes de prédations territoriales, une des formes contemporaines des infrastructures de la domination, au service des entreprises du capitalisme numérique, outil des puissances impérialistes. Les data centers sont une des bases matérielles de leur déploiement sur tous les territoires - et en cela sont des prises intéressantes pour lutter contre leurs dynamiques destructrices.
Lutter contre les infrastructures du numérique, refuser les rapports de force qu’elles produisent, les modes d’existences qu’elles imposent, les dépendances qu’elles fabriquent, cela peut commencer par comprendre comment elles fonctionnent, se matérialisent et se territorialisent. Les faire sortir de l'invisibilité est une étape cruciale pour s’en emparer, les politiser et les contester.
Cette carte est destinée à informer les habitant·es, riverain·es des futurs projets, les collectifs, les chercheur·euses, les journalistes et toutes celles et ceux qui veulent s’organiser pour lutter contre ces projets néfastes.
Comment lire cette carte ?
- Les serveurs gris
Ce sont des data centers existants. Il est plus difficile de s'y opposer, mais il y a souvent des projets d'agrandissement ou d'extension, une veille peut être importante.
Par ailleurs, on peut agir. Il peut être intéressant de retrouver les archives des dossiers d'enquête publique, suivre les inspections ICPE sur les sites des Préfectures pour y trouver des failles et imaginer des recours juridiques. On peut organiser des manifestations devant ces bâtiments, demander des visites, essayer de visibiliser ce qu'il s'y passe - par exemple trouver la liste des clients et des services qui y sont installés.
Nous verrons plus tard pour les modalités précises de leur démantèlement.
- Les points bleus
Ce sont les data centers actuellement en cours de construction. Souvent les constructeurs de data centers communiquent peu sur les chantiers, et comme pour tout projet écocidaire c'est un moment clef pour toute forme de mobilisation.
- Les points jaunes
Les porteurs de projet de ces data centers ont déposé un dossier auprès des autorités et les différents services de l’état (ARS, DDTM, MRAE, Préfecture, Mairie, Département ...). Les dossiers sont actuellement en cours d'instruction.
C’est une phase longue qui inclut notamment l’enquête ou la consultation du public, les réunions publiques, le dépôt du permis de construire et sa validation par la mairie. Les enquêtes publiques sont listées sur ce site.
C'est une phase qui permet de collecter et archiver un grand nombre d'informations sur le projet et durant laquelle il est opportun de se mobiliser, organiser une réunion publique, une conférence de presse, trouver les autres opposant·es au projet. Ce manuel de Terres de Luttes explique comment s'organiser pour les stopper juridiquement.
- Les points roses
Ce sont les projets de data centers annoncés publiquement, la plupart du temps par les industriels ou les collectivités locales. Il est probable que les promoteurs soient en train de constituer leur dossier, remplir les formalités administratives et études d'impacts, en vu de le déposer en Préfecture.
Ces projets devraient sous peu être instruits par les services de l’état (Agence Régionale de Santé, Mission Régionale d'Autorité Environnementale ...) et faire l’objet d’une enquête ou d'une consultation publique.
Au plus tôt on arrive à avoir des informations au mieux c'est. Attention il arrive que les promoteurs essaient de contre carrer les potentielles mobilisations.
- Les points oranges
Ce sont les sites proposés par le gouvernement, EDF et RTE aux promoteurs de data centers afin de faciliter et accélérer leur implantation.
Ce sont des sites où il n’existe pas encore de centre de données, mais qui sont proposés en priorité aux industriels du secteur pour y installer leurs infrastructures, car ces sites présentent des caractéristiques « optimales » pour cette industrie (raccordement réseaux, taille du terrain, puissance électrique, disponibilité rapide, acceptabilité des pouvoirs publics locaux).
Si vous habitez à proximité de ces sites, des data centers vont potentiellement y voir le jour, à court ou moyen terme. Restez vigilant·es !
- Les points rouges
Ce sont les oppositions locales aux projets que nous avons recensées. Elles sont de différentes natures et modalités : pétitions, organisations de riverain·es, associations existantes ou collectifs informels qui s'emparent du sujet, enquêtent et organisent des réunions publiques, des mobilisations ou participent à des enquêtes publiques pour signifier une opposition au projet..
Méthodologie et sources
- Les data centers existants indexés sur la carte sont ceux qui ont été recensés par les contributeur·ices du projet de cartographie libre et participative Open Street Map et extraits par le collectif avec une requête OverPass Turbo. Cela ne représente cependant pas l'ensemble des data centers actuellement construits en France. On ne sait pas combien il y a de centre de données, ni où ils se situent exactement. L'ADEME et RTE recensent respectivement 352 et 300 data centers commerciaux ainsi que 5 000 petits data centers privés d'entreprises, sans les localiser. Il n'existe pas de carte ou de base de données fiable, publique ou indépendante - mise à part celle tenue par l'Institut Paris Région pour l'Ile-de-France - recensant les centres de données actuellement construits en France ainsi que leurs consommations. Cette opacité, entretenue par les industriels, est notamment dû à l'absence de statut juridique dédié aux data centers - qui sont tantôt qualifiés d'infrastructure logistique ou d'infrastructure industrielle - ainsi que de caractérisations précises de l'objet data center (surface, puissance, capacité etc.). Cette absence de statut permet aussi d’échapper à des obligations démocratiques et de contourner certaines réglementions contraignantes.
- Les projets de data centers et les oppositions répertoriées ont été identifiées par notre collectif à partir d'informations publiques (communiqué des entreprises, articles de presses, réseau sociaux) et des informations divulguées par la Direction Générale des Entreprises, RTE et EDF. La liste gouvernementale qui précise les 26 sites "clés-en-main" a été révélée par les média Contexte et Politico en juin 2025.
- Cette carte est est non exhaustive et sera améliorée et mise à jour en continu.
- Ce projet cartographique participatif est militant et bénévole, et est le fruit de plus d'un an de veille et d’enquête « en source ouverte ».
Contribuez !
- Si vous voulez ajouter un data center existant, vous pouvez directement le faire sur Open Street Map,
- Si vous avez entendu parler d’un projet de data center près de chez vous qui n’est pas sur la carte,
- Si les informations listées ne sont pas à jour, sont inexactes ou que vous souhaitez apporter des précisions,
- Si vous avez organisé un collectif, ou que vous coordonnez une opposition à un projet et que vous souhaitez le faire apparaître sur la carte, alors contactez-nous sur notre e-mail.
Pourquoi un projet cartographique sur les data centers ?
Pour contrer le narratif pro data center et la fatalité du tout numérique
On nous présente les data centers comme une fatalité ou comme une route toute tracée vers le progrès, mais la construction des data centers répond aux besoins et enjeux des entreprises de la tech et des promoteurs immobiliers.
Il est important de ne pas considérer les data centers de manière isolée, ils n'ont de sens que dans un système mondialisé. Chaque acteur a sa propre stratégie d'expansion et cherche tout autant à développer l'infrastructure générale qu'à tirer sa propre épingle du jeu.
Les cartographier permet de se donner une idée des logiques à l'oeuvre derrière leur déploiement, qui ne répondent ni à des besoins spécifiques exprimés par les habitant·es et les territoires, ni à des enjeux de souveraineté nationale, comme on essaie de nous le faire croire.
Les data centers ne répondent pas non plus à notre "besoin compulsif de regarder des vidéos de chat", et le fait qu'ils soient construits par des multinationales soumises au droit étasunien extra territorial témoigne d'une vision bien pauvre de la souveraineté.
Le développement de ces infrastructures (data centers, point d'échanges internet, câbles..) a pour objectif de nous entrainer par la stratégie du fait accompli dans une trajectoire technique écocidaire. Cette trajectoire sert les intérêts conjoint des multinationales de la tech, du secteur financier, du complexe militaro-industriel, des compagnies minières, de l'industrie de la surveillance et du contrôle social, de l'agro business de précision, des lobbyistes de la technologisation de la médecine, et des patrons avides d'optimisation du travail. La mobilisation idéologique autour de l'IA comme progrès inéluctable tend à invisibiliser ces logiques politiques.
Pour lutter contre l'opacité des procédures, pour lutter contre les mensonges des acteurs économiques et gouvernementaux
Les enquêtes et les consultations publiques express se superposent, des autorisations et permis de construire sont accordés par les Préfectures et collectivités locales sans que les habitant·es n’en soient informé·es, les industriels utilisent des stratagèmes pour dissimuler leurs projets et mentent la plupart du temps sur leur consommations réelles d’eau et d’électricité, ainsi qu'à propos de leurs émissions polluantes.
Le gouvernement a publié à deux reprises en février 2025 puis en novembre 2025 des cartes de France annonçant 35 puis 63 sites « clés en main » destinés aux promoteurs de data centers. Ces cartes sont cependant approximatives et ne révèlent pas les emplacements exacts de ces implantations.

Source : Elysée et Direction Générale des Entreprises (2025)
Lever le flou sur cette opacité permet de faire des infrastructures du numérique un problème public à la hauteur des enjeux qu'ils posent, permet de prendre acte de l'ampleur de leurs impacts et de construire une opposition à leur développement.
Pourquoi le nombre de projets de data centers explose en France ?
Sous prétexte de ne pas rater le train de l'illusoire course au progrès, Emmanuel Macron s’enferme dans une fuite en avant technologique insoutenable. Après la "start-up nation", le projet de la "data center nation" c’est de favoriser l’implantation sur le territoire des infrastructures matérielles de l’IA, du cloud et du numérique, présentées comme la condition nécessaire pour "faire de la France une puissance de l’intelligence artificielle" et gagner en souveraineté numérique, faisant ainsi de territoires, déjà relégués au statut de territoire servant, une ressource vendue aux plus offrants, une nouvelle fois exploités par le capitalisme mondialisé.
Plug Baby Plug
Lors du Sommet pour l'action pour l’IA organisé par l’Élysée en février 2025, au cours duquel 109 milliards d’euros d’investissements privés majoritairement étrangers ont été annoncés pour construire des data centers, le gouvernement s'est engagé à faciliter leur implantation et invite tous les investisseurs à venir "pluguer" leurs data centers au puissant réseau électrique nucléarisé de France, et profiter de son énergie dite décarbonnée pour verdir leurs méga ordinateurs bétonnés.
Les énergéticiens RTE, EDF et ENGIE se mettent en ordre de bataille au service du gouvernement, répétant à leur tour qu'il faudrait absolument construire d'avantage de data centers pour assurer la "transition énergétique et la souveraineté énergétique de la France". Leur argument c'est que les "nécessaires" data centers devraient être français car branchés à l'énergie décarbonnée tandis que les data centers construits autre part fonctionneraient aux énergies fossiles.
Mais à y regarder de plus près, les énergivores data centers - dont la consommation est stable et prévisible, leur permettent à court terme de signer des contrats de vente d'électricité très lucratifs. À moyen terme les revenus générés permettront le maintien, la justification et le renouvellement du parc nucléaire français.
Également, en terme de stratégie économique, il est jugé plus intéressant de consommer l'électricité en France pour vendre des services numériques qui seraient ensuite exportés que de vendre l'électricité surproduite aux pays voisins. Considérations bien loin de leur prétention à la transition énergétique, et des exigences écologiques actuelles.
C'est ainsi que 10 GW de demandes de raccordements au réseau sont déjà signées auprès de RTE pour alimenter des centres de données - cela correspond à la puissance d'une dizaine de réacteurs nucléaires. Et chaque année d'ici 2030, 15 TWh d'électricité seront désormais utilisés pour les alimenter - contre 5 TWh en 2025 - représentant l'équivalent de la consommation de 2,5 millions d'habitant·es de France, tous usages confondus.
Remodeler la loi
Ce tapis rouge déployé pour construire la "data center nation" se traduit sur le plan législatif avec le projet de loi relatif à la simplification de la vie économique. Encore en examen au Parlement en janvier 2025, il vise notamment à faire des data centers des "projets d'intérêt national majeur", et propose de contourner un certain nombre de contraintes réglementaires, notamment sur la protection de l'environnement et la consultation du public.
Tapis rouge également déployé au niveau européen, dans le paquet législatif « Omnibus », présenté le 10 décembre 2025. Les centres de données et les méga-usines d’IA y sont également considérés comme « secteurs stratégiques » couverts par différentes mesures de simplification environnementale.
Des sites "clés en main" pour attirer les promoteurs de data centers et des procédures d'installation accélérées
Pour inciter encore plus les industriels de la tech à venir construire des data centers en France, le gouvernement leur propose de travailler "main dans la main", pour trouver les "meilleurs" endroits en France où construire leurs centres de données rapidement. Les ingrédients listés par le Ministère de l'Économie : grandes surfaces foncières disponibles, raccordement électrique rapide ou déjà installés, grande puissance électrique disponible et ... acceptabilité des pouvoirs publics locaux.
Si 63 sites ont été identifiés et proposés aux industriels, le gouvernement entretient le mystère et ne révèle pas leurs emplacements exacts.
Seuls 26 sites ont été rendus publics à ce jour, via un document de la Direction Générale des Entreprises révélé par les média Contexte et Politico en juin 2025. Ces 26 sites couvrent plus de 1 100 hectares répartis à travers la France, dont 827 hectares dit greenfield sur lesquels il n'y a pas encore de construction. 8 de ces sites présentent une puissance de raccordement unitaire de 1 GW - c’est l’équivalent de la puissance combinée d'environ 8 réacteurs nucléaires.
Le gestionnaire du réseau public de transport d'électricité, RTE propose lui aussi aux industriels un accompagnement renforcé et des procédures accélérées dites fast track sur quatre sites, permettant notamment aux industriels de pré-réserver des capacités importantes sur son réseau.
Une nouvelle géographie : zones rurales, péri-urbaines et clusters
Les projets de data centers de très grande ampleur, s'étalant sur plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés, se multiplient en France (+32% en un an). Pas une semaine ne passe sans l’annonce dans la presse de nouveaux projets sur des friches industrielles ou des terres fertiles. La majorité des sites en projet actuellement sont des data centers dédiés au stockage cloud et à l'entrainement de modèles d'IA.
Les data centers étaient jusqu'à présent très concentrés en Ile-de-France et à Marseille. Si hier, le choix d'implantation des data centers était justifié par la proximité avec les centres financiers ou les routes cablières, aujourd'hui toutes les régions sont potentiellement concernées par le développement des data centers.
Ce que les industriels privilégient désormais, c'est l'accès à du foncier vaste et peu cher et à des sites déjà raccordés au réseau électrique et aux infrastructures réseaux (fibre). Ils s'accaparent ainsi des sites de plusieurs dizaines d'hectares en zones péri-urbaines ou rurales. Cela peut être des terres en friche, ou d'anciens vastes sites industriels, à proximité des sites de production d'énergie nucléaire, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, dans le Grand-Est et dans les Hauts-de-France où ces constructions sont largement encouragées par les collectivités locales.
Des territoires entiers dédiés aux centres de données et construction de nouvelles infrastructures électriques
Autre phénomène notable préoccupant, celui de la constitution de "cluster" de data centers - c'est-à-dire des territoires entiers où se concentrent de nombreux centres de données. Cela permet aux promoteurs à la fois de mutualiser et rentabiliser leurs investissements, ainsi que d'optimiser le fonctionnement en réseau des data centers.
Le gestionnaire du réseau d'électricité, RTE a établit une carte des zones de mutualisation ou zones prioritaires, visant à faciliter l’identification de zones favorables à des projets de data centers, et y "préparer le réseau à l’arrivée massive des data centers en construisant de nouvelles infrastructures de forte capacité capables d’accueillir plusieurs industriels".
Le sud de l'Ile-de-France, Fos-sur-Mer, Plan-de-Campagne, Le Havre, Dunkerque, Saint-Avold et l'estuaire de la Loire font parti des zones identifiées par RTE, et on devrait donc y voir une concentration probable de data centers, accompagnée de la construction de nouvelles infrastructures électriques.
L'exemple du "cluster de data centers" de Plan-de-Campagne
Ce phénomène de concentration est déjà à l'oeuvre au nord de Marseille, avec la constitution du "cluster de Plan-de-Campagne", entrepris par les volontés conjointes de l'État, RTE et la Métropole Aix-Marseille. Ces institutions ont travaillé de concert, avec l'aide des promoteurs de data centers, autour d'une stratégie visant à un "accueil vertueux des data centers" qui propose de créer 9 nouveaux data centers sur le territoire de Plan-de-Campagne.
Les data centers ont saturé le réseau électrique marseillais et obligent à la construction de nouvelles infrastructures électriques, notamment celle d'un nouveau poste électrique d'une puissance de 550 MW à Plan-de-Campagne, soit l'équivalent de la consommation électrique moyenne de 800 000 habitant·es, et qui sera exclusivement dédié aux projets numériques.
L'exemple de la construction d'une nouvelle ligne très haute tension dans les Bouches-du-Rhône
En vue de la fabrication à Fos-sur-Mer d'un espace de mutualisation de data centers, nous assistons au projet de création d'une ligne très haute tension qui est censée relier Jonquières-Saint-Vincent à Fos-sur-Mer en traversant les Alpilles, la Camargue et la Craux pour rejoindre la Zone Indusrialo-portuaire du Port de Marseille-Fos. Elle fait l'objet d'une importante mobilisation, avec plus d'une trentaine d'associations, notamment parce que son tracé se trouve dans une zone extrêmement riche en avifaune. Les lignes à haute tension sont la principale cause de mortalité de l'avifaune dans le monde.
15 à 20% des 4 GW qui seraient amené à circuler à travers cette ligne à très haute tension sont censément dédiés aux data centers.
Potentiellement ce projet va entrainer la relance de la construction de sites de production électrique : les coalitions d'associations pointent que pour l'instant on ne sait pas encore où seront produits ces 4 GW.
Typologie des data centers et des acteurs
Il est important de comprendre qu'il y a différents types de data centers. Ils ne sont pas portés par les mêmes acteurs et ne répondent pas aux mêmes usages, enjeux et problématiques - mais tous font partie d'un même système et sont interdépendants les uns des autres.
Chaque type de data center à un rôle spécifique pour le fonctionnement systémique des infrastructures du numérique. Comprendre leur rôle spécifique permet de dessiner la dynamique économique du monde numérique orchestré par les GAFAM.
Nous reproduisons ici en partie la typologie des différentes catégories de centres de données présents en France proposées par le Ministère de l'Economie dans son "Guide d'accompagnement pour l'implantation des centres de données" paru en novembre 2025.
- Les centres de données d’entreprise, conçus, détenus et exploités en propre, essentiellement par de grandes entreprises et organisations telles que des banques, des opérateurs télécoms ou des institutions gouvernementales. Les données (stockage de données clients, messagerie) sont hébergées sur leurs propres serveurs au sein d’infrastructures leur appartenant. Ils sont généralement de petite taille et situés en ville.
- Les centres de données d’hébergement et de colocation proposent à la location des espaces de stockage physiques à des entreprises ou organisations clientes qui bénéficient d’une infrastructure partagée (alimentation, refroidissement, sécurité), gérée par l’opérateur du centre de données, tout en restant propriétaires de leurs serveurs et autonomes dans la gestion de ceux-ci. Ces centres de données sont souvent de grande taille et localisés à proximité de pôles urbains. Les multinationales Digital Realty (US), Equinix (US), Telehouse (JP) et Data4 (FR) sont à l'origine de plusieurs projets de très grande ampleur en cours de déploiement et répertoriés sur la carte.
- Les centres de données des entreprises de services « cloud » hébergent les données de clients particuliers, d’entreprises sur des serveurs possédés et opérés par l’opérateur de services cloud. Certains fournisseurs peuvent également proposer une offre de puissance de calcul via le cloud (les utilisateurs louent de la puissance de calcul sans avoir à posséder l'infrastructure physique). Les acteurs centraux de ce typologie de data center sont les « hyper-scalers » étasuniens comme Amazon, Microsoft et Google, qui commencent à ouvrir leur propres centres de données en France. Quelques acteurs français et européens comme OVHcloud et OpCore tentent aussi d'intégrer ce segment, et des acteurs du « neo-cloud » comme Coreweave (US) Fluidstack (UK) et Sesterce (FR) fournissent des clusters de calcul pour l’IA via le cloud et sont aussi porteurs de plusieurs projets en cours de déploiement en France. Les acteurs du cloud peuvent aussi louer des espaces dans les data centers de colocation.
- Les centres de données « edge », situés à proximité des utilisateurs finaux, dans des sites décentralisés et de plus petite taille, afin de réduire la latence et améliorer la performance des applications. Ils sont souvent utilisés pour des applications nécessitant un traitement en temps réel.
- Les centres haute densité pour le calcul haute performance (HPC) et l’entrainement de modèles d'IA, sont une branche émergente et en expansion rapide du secteur des centres de données. Ils permettent la simulation et l’analyse de données massives pour entreprises spécialisées dans l’IA. Certains de ces centres de données peuvent être opérés en colocation. L'entreprise Eclairion est par exemple positionné sur ce marché, et est à l'origine de plusieurs projets.
Typologie des fonciers transformés en data center
Financés par des fonds d'investissement internationaux et par les entreprises parmi les plus capitalistiques du monde, les data centers représentent une opportunité extrêmement lucrative pour les promoteurs, les bailleurs immobiliers, et les collectivités, qui les accueillent à bras ouverts, sans en avertir les habitant·es et au détriment d'autres projets vertueux et bénéfiques pour la communauté.
Terrains en friche non construits
Sur les 1 100 hectares proposés par le gouvernement aux industriels, 827 sont des greenfield c'est-à-dire des terrains où il n'y a pas encore de construction et où les promoteurs partent de zéro, comme les 195 hectares achetés par Google dans le Parc de Ozans, à Étrechet (Indre).
Terrains en partie non artificialisés et terres agricoles
Des terres en partie non artificialisées ou des terres agricoles fertiles vont être transformées en data center - c'est le cas des 35 hectares de terres agricoles, dont 11 hectares cultivés en agriculture biologique, achetées par Microsoft sur la commune de Petit-Landau en Alsace.
Friches industrielles, logistiques et commerciales
D'anciens sites de productions industrielles lourde, comme une usine automobile PSA Peugeot-Citroën d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), une usine sidérurgique d'Usinor - devenue Arcelor-Mittal (Nord), une usine de semi-conducteurs Altis (Essonne), une usine de pneus Bridgestone (Haut-de-France) et une usine d'hélicoptère civils et militaires d'Airbus (Seine-Saint-Denis) vont être transformés en centre de données.
Ces "reconversions" concernent aussi d'autres types de sites industriels en friche, comme une papeterie Arjowiggins (Sarthe), une usine textile BTT (Vosges), une usine de luminaires Phillips (Val-de-Marne) ou encore une usine de cosmétiques Avon (Oise), un site de production de vaccins contre le COVID (Drôme), mais aussi des bâtiments liés au commerce colonial du sucre comme les usines et silos de Saint-Louis Sucre à Marseille, Bourdon (Puy-de-Dôme) et à Cagny (Calvados).
De nombreux entrepôts logistiques comme celui de Graham Packaging (Nord) et ceux de la fast fashion H&M (Seine-Saint-Denis) et Décathlon (Bouches-du-Rhône) sont également concernés. À Orgeval (Yvelines), c'est un ancien centre commercial qui va devenir data center.
Foncier aéroportuaire
Les importants terrains fonciers aéroportuaires, très grands et bien connectés d'Orly (Essonne), d'Aix-les-Milles (Bouches-du-Rhône), de Maubeuge (Nord) et du Bourget (Seine-Saint-Denis) sont prisés des industriels des data centers et sont également en passe d'accueillir des centres de données.
Foncier militaire
Des data centers ouvrent sur d'anciens sites militaires, comme celui de la base aérienne de Cambrai-Épinoy (Hauts-de-France) qui va accueillir un data center de Data 4.
Centrales électriques, centrales thermiques et dépôt pétrolier
Les data centers sont également une opportunité lucrative importante pour EDF qui propose aux industriels de reprendre son patrimoine industriel vétuste, comme l'ancienne centrale électrique de Loire-sur-Rhône. Les anciennes centrales thermique EDF de La Max et Richemont (Moselle) et de Montereau-Vallée-de-la-Seine (Seine-et-Marne) ont également été attribuées à deux opérateurs de data centers, après un appel à manifestation d'intérêt en 2025.
Ce phénomène concerne également plusieurs centrales à charbon Gazel Energie comme celle de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), celle de Saint-Avold (Moselle) et la centrale thermique de Gardanne-Meyreuil (Bouches-du-Rhône) qui vont également devenir des data centers. À Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), c'est le dépôt pétrolier qui va être reconverti en data center.
La façade du capitalisme
Les data centers sont l'infrastructure du capitalisme numérique. Ces usines sont le lieu de captation de valeur pour les big tech, ce sont des infrastructures de l'extraction de la donnée et de son entrée dans le capitalisme. Il est difficile de ne pas percevoir dans le réemploi de ces anciens sites emblématiques de l'industrie des années 1960-1990, le cynisme caractéristique de l'histoire du capitalisme et de son développement mondialisé.
Pouvoir acheter d'un clic des objets fabriqués à l'autre bout du monde nécessite d'installer de gigantesques centres de données sur les ruines des entreprises qui les produisaient ou les vendaient en France ; occuper des milliers d’hectares de terrain avec des mégas ordinateurs bétonnés en surchauffe qui travailleront scrupuleusement à la déqualification et de dépossession des travailleur·euses, là où résonnent encore des luttes historiques pour l’emploi, tandis que des millions de travailleur·euses du clic sont exploité·es dans le Sud global pour faire tourner les IA.
Il n'est pas non plus surprenant de voir des data centers ouvrir sur des sites militaires, tant les infrastructures du numérique et leurs propriétaires les big tech sont des piliers du complexe militaro-industriel et sont centrales pour développer les génocides, guerres et massacres qui ont lieu actuellement.
Cartographier les acteurs, les projets, les impacts, sont autant de pistes à travers lesquels nous pensons que l'on puisse collectivement trouver des prises pour tenter d'enrayer cette machine folle.
Il serait sans doute pertinent d’ajouter également une typologie des financeurs, des entreprises de construction, des bureaux d'étude spécialisés, des filières de gestion des déchets ... et plus largement de tous les acteurs la chaîne de production et d’approvisionnement du matériel informatique nécessaire à ces projets.