Lutter contre les datacenters, une question de justice raciale

14 octobre 2026

Lutter contre les datacenters, une question de justice raciale

Cet article a été écrit avec Equinox, une initiative queer et féministe qui œuvre pour la justice raciale.

Les data centers sont d'immenses entrepôts de serveurs et autres infrastructures réseau. Ces usines sont la base matérielle du fonctionnement du cloud et de l'intelligence artificielle. Partout en Europe, la course pour la domination dans le domaine de l’IA déclenche une véritable frénésie d’investissements dans les centres de données. L’Union européenne souhaite même tripler le nombre de data centers sur son territoire d’ici cinq à sept ans.

Les centres de données ne sont pas des objets neutres, mais se trouvent au croisement de déplacements de populations, d’extraction de ressources, de surveillance, de la militarisation et violences d’État.

Lutter contre les centres de données est une question de justice raciale. Explication en 8 points.

1. Les centres de données déplacent les populations précaires et les minorités

Partout dans l’Union Européenne, les centres de données sont souvent implantés à proximité de quartiers populaires où vivent des personnes racisées forçant les habitant·es à partir pour faire place à des infrastructures qui bénéficient principalement aux intérêts des géants de la tech. 

Des personnes d’origine bangladaise, habitantes du quartier de Bricklane à Londres sont menacées d’expulsion en raison d’un projet de centre de données. Plus de 31 000 personnes sont en attente d’un logement dans ce quartier. 

En Belgique, Google projette de construire trois data centers dans des quartiers parmi les plus pauvres du pays. L’objectif de l’entreprise est d’endiguer toute réaction hostile, anticipant que ces habitant·es n'ont ni le temps, ni l'argent, ni les structures nécessaires pour organiser une opposition.

2. Les centres de données exploitent les ressources locales

Les data centers  consomment des quantités astronomiques d'eau et d’électricité, faisant grimper les prix et aggravant les sécheresses.

En France, Microsoft a acheté 35 hectares de terres agricoles (dont 11 hectares de terres agricoles en bio) pour construire un centre de données dédié à l’IA dans la commune de Petit-Landau, en Alsace.

En Irlande, les centres de données consomment déjà plus de 20 % de l’électricité totale du pays (soit plus que l’ensemble des foyers urbains réunis) et ont fait augmenter les factures des habitant·es d’en moyenne 360€.

3. Les centres de données dégradent la santé des habitant·es

Les centres de données détériorent la qualité de l'air. 

À Marseille, dans les quartiers Nord, ils ont saturé le réseau d’électricité. Cela retarde l'électrification des activités portuaires, une source majeure de pollution. 

Les quartiers Nord, où les taux de cancer sont trois fois supérieurs à la moyenne nationale,  sont le symbole d'une ségrégation spatiale fondée sur la classe sociale et la race.

4. Les data centers servent à surveiller les exilé·es

Les centres de données sont construits dans le but de mettre en place une infrastructure cloud permettant de collecter et de stocker d'énormes quantités de données de surveillance, notamment utilisées pour détecter, placer en détention et expulser les personnes en situation d'exil.

À Amsterdam, les manifestant·es qui ont occupé un centre de données de Microsoft en juin 2026 ont établit les liens entre ce site et la surveillance de masse. Ielles accusent Microsoft de stocker des données à des fins de surveillance et dénoncent ses contrats avec l’ICE, l’organe de contrôle de l’immigration de l’administration étasunienne.

À Marseille, le premier centre de données acquis par Digital Realty (MRS1) partage ses locaux avec un commissariat de police municipale, dédié à la surveillance de la ville (CSU). Les CSU utilisent les data centers pour collecter toutes les informations provenant des systèmes de surveillance policière de la ville (caméras, drones..)

5. Les data centers sont des infrastructures militaires

Les guerres contemporaines et génocides utilisent massivement le cloud et l’IA. Les géants de la tech sont désormais des piliers du « complexe militaro-industriel numérique ».

Les services de renseignement israéliens utilisent les centres de données de Microsoft aux Pays-Bas et en Irlande pour surveiller, stocker et analyser des millions d’appels passés par des Palestinien·nes. Ces données servent à identifier des cibles pour des frappes aériennes, à justifier des arrestations arbitraires en Cisjordanie et à d’autres fins militaires.

En 2021, Google a signé un contrat de 1,2 milliard de dollars avec le gouvernement et l’armée israélienne pour leur donner accès à ses services d’IA et de cloud computing. Ce contrat (Projet Nimbus) a permis à l’armée israélienne d’utiliser des technologies de reconnaissance faciale et de classification automatique d’images pour traquer et surveiller les Palestinien·nes.

6. Les centres de données intensifient l'exploitation minière et l'extractivisme minier à travers le monde

L’ infrastructure matérielle des data centers (serveurs, puces, câbles, systèmes électroniques ...) dépend des matières premières provenant des pays du Sud Global. Leur exploitation entraîne des catastrophes environnementales et une aggravation des tensions géopolitiques, des coups d'État et des conflits armés dans ces pays. 

Des groupes armés tels que le M23 en République Démocratique du Congo ou les Forces de Soutien Rapide (FSR) au Soudan sont en grande partie financés par les besoins miniers des entreprises de la tech.

La Pax Silica, est une alliance politique à laquelle l'UE vient d'adhérer dans le but de sécuriser les chaînes d'approvisionnement mondiales pour l'économie de l'IA, sous l'égide des États-Unis. 

7. Les gouvernements utilisent les fonds publics pour financer des centres de données

Des fonds publics sont massivement investis dans les infrastructures numériques, qui pourtant ne servent que les intérêts des géants de la tech.  

Tandis que des milliards sont injectés dans les centres de données, les gouvernements répondent aux populations confrontées à la crise du logement, aux pénuries d'eau et à la pollution qu'il n'y a pas d'argent pour le logement social ou la protection de l'environnement. 

L'UE a proposé d'augmenter les investissements publics et le soutien politique en faveur des infrastructures numériques par le biais du mécanisme « Connecting Europe » et du nouveau train de mesures pour renforcer la « souveraineté technologique de l'Europe ». 

Pour aider Google à s'implanter en Wallonie, le gouvernement régional a supprimé une taxe que les entreprises paient normalement aux communes. A la place,  le gouvernement verse aux communes des millions d’euros provenant des fonds publics. Google ne paie donc aucune taxe et est, en fait, subventionné par les contribuables. 

8. La lutte contre les centres de données est criminalisée

Alors que les habitant·es s'opposent à la construction de centres de données, ielles sont confrontées à une répression étatique croissante et à une criminalisation de leurs actions non violentes.

En Belgique, à la veille d’une manifestation annoncée contre les centres de données, 15 personnes ont fait l’objet de perquisitions à leur domicile et ont été arrêtées par la police.

En France, le collectif « Le Nuage était sous nos pieds » a reçu des menaces de poursuites judiciaires pour avoir publié une carte indiquant l’emplacement d’un centre de données de BNP Paribas.

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